Cinés coquins
Page mise à jour le 17/04/2012

 

1 - Nostalgie

Ne remontons pas trop loin : Les années De Gaulle (1958-1969), les années Pompidou (1964-1974) sont des années de censure triomphante et bornée. Les revues et ouvrages qui parlent trop explicitement de sexe sont systématiquement interdit à la vente aux mineurs, à la publicité et à l'exposition. Quant au cinéma, la commission de censure veille, la plupart du temps à coups de ciseaux. Aucun sexe qu'il soit masculin ou féminin n'est visible. On tolère juste quelques nénés en interdisant les films où on les voit au moins de 18 ans.

Un circuit arrive néanmoins à se constituer avec :
- les films naturistes
- les
films de cabarets (sans aucune construction de scénario, ou tournait, notamment en Italie, des films dont le film conducteur était "les plus beaux cabarets du monde" ou quelque chose dans le genre, s'en suivait donc une série de numéro de strip-tease (non intégral) filmé n'importe comment avec un fil conducteur se résumant en un commentaire en voix off)
- quelques rares films américains échappé de leur propres circuits spécialisé, puis certains auteurs français (José Bénazéraf, Max Pécas, Jean Rollin).

Sur les grands boulevards, trois cinémas parisiens se spécialisent dans ce genre de films, sur les Grands Boulevards : Le Midi-minuit, le Neptuna et le Strasbourg.

Pendant ce temps en Europe le porno se libère (le Danemark commencera, suivi par de autres nombreux pays)

En 1972, deux films pornos obtiennent un bon succès aux Etats-Unis :
Deap Throat (Gorge Profonde) de Gerard Damiano
Behind the green door (Derrière la porte verte) de Artie et Jim Mitchell

En France il faudra attendre le décès du président Pompidou (1974) pour voir le porno se libérer. Sous Giscard d'Estaing, les distributeurs commencent timidement par incorporer des plans pornos dans des films érotiques "sages", puis la commission de censure se contentant de délivrer des interdictions aux moins de 18 ans, la diffusion explose, la création de salles de cinéma spécialisées aussi !

Mais dès 1975, Giscard effectue un virage à 180° et fait voter une loi taxant lourdement le cinéma porno,  après un débat qui fut un monument d'hypocrisie (1) la poule aux œufs d'or est déjà cassé, on réduit les équipes de tournage, on tourne en vidéo. L'apparition de la cassette vidéo d'abord en sex-shop puis dans les foyers finira par tuer le cinéma X en salle. En 1990, il ne restait à Paris plus qu'une poignée de salles ! C'est la vie !

2 - Cinémas pornos disparus à Paris

Le Sébastopol, 43, boulevard Sébastopol, Paris 1er,  devenu un magasin de vêtements.

Le Boys Vidéo Club, 49, rue Vivienne, Paris 2ème. Spécialisé dans le X gay, fermé suite à des plaintes innombrables des copropriétaires, puis détruit. A louer !

Le Dragon Club Vidéo Gay,  24, rue du Dragon. Paris 6ème, devenu un commerce de surgelés

Le Latin, 34, boulevard Saint-Michel., Paris 6ème, possibilité de voir deux films avec le même ticket. Fréquentés par quelques sénateurs venu du Luxembourg tout proche... Repris par Gibert Joseph qui y vend des CD et des DVD.

L'Apha Elysée, 126, rue de la Boétie. Paris 8ème, ensemble quadri-salles, devenu un commerce de jouets (pour enfants)

L'Amsterdam Saint-Lazare, 6, rue d’Amsterdam, Paris 9ème, devenu un magasin de jeux vidéos.

Le Bergère, 15, rue du Faubourg-Montmartre, Paris 9ème, proposait des films X "en alternance", aujourd'hui on trouve à cette adresse des "Produits de la mer, poissons, crustacés, crabes et crevettes pour la grande distribution"

Le Ciné Havre, 92, rue Saint-Lazare, Paris 9ème, devenu un commerce de meubles

Le Maxéville, 14, boulevard Montmartre, Paris 9ème : proposait des films X "en alternance, Aujourd'hui siège d'un restaurant branché !

Le Midi-Minuit, 14, boulevard Poissonnière, Paris 9ème : Une salle magnifique que ce soit par son aspect extérieur, son hall et sa grande salle avec promenoir. Spécialisé d'abord dans le cinéma fantastique, puis dans les nudies et les films érotiques, puis dans le cinéma porno. Racheté par la banque voisine, il est aujourd'hui gommé de l'histoire de Paris comme s'il n'avait jamais existé, (ne subsistent que les colonnades extérieures).

Le Brooklyn, 42, boulevard Bonne-Nouvelle. Paris 10ème, devenu le Théâtre "Jamel Comedy Club" (géré par Jamel Debbouze)

Le Neptuna, 28, boulevard Bonne-Nouvelle. Paris 10ème, devenu un Musée du Chocolat !

Les Nord Cinémas,  6, boulevard de Denain. Paris 10ème, à cette adresse il y a aujourd'hui une boulangerie

Le Pathé Journal, 6, boulevard Saint-Denis. Paris 10ème, devenu une superette

La Scala, 13, boulevard de Strasbourg, Paris 10ème. Toute une histoire : En 1787, s'ouvre en ce lieu, l'Auberge du Cheval Blanc qui deviendra ensuite une guinguette, puis un café concert. En 1878, on inaugure la Scala entièrement reconstruite, elle verra passer Yvette Guilbert, Fragson, Mayol, Polaire,  Mistinguett...  En 1916, la scala donne du théâtre (Feydeau) mais aussi des concerts de Marie Dubas, en 1926 Georgius se produit en vedette, en 1934, c'est Damia. En 1936, elle est transformé en cinéma (1000 places), en 1977 elle devient une multisalle (5 films) et s'oriente vers le porno. En 1999 on ferme ! Les locaux sont rachetés par l'Eglise universelle du royaume de Dieu" qui n'a toujours pas obtenu son permis de construite !

Le Strasbourg, 8, boulevard Bonne-Nouvelle, Paris 10ème, à la place nous avons aujourd'hui un magasin Mim (mode femme : vêtements, lingerie, accessoires )

Le Galaxie, 104, avenue d’Italie. Paris 13ème, aujourd'hui il y a un hôtel !

Le Cinévog Montparnasse, 20 bis, rue de la Gaîté. Paris 14ème, aujourd'hui il y a un hôtel

La Gaité,  6, rue de la Gaîté, .Paris 14ème.  Cet ancien cabaret de Montparnasse transformé en cinéma est devenu  le Théâtre Rive Gauche, salle de 400 places, sorte de théâtre privé.

Le Méry, place Clichy, Paris 18ème. C'est devenu un café-théâtre qui se nomme toujours le Mery

L'Amsterdam-Pigalle, 5, rue des Martyrs. Paris 18ème : Il y avait a cet endroit au début du 19ème siècle un bal (la Musette de Saint-Flour) qui devint vers 1860 la Brasserie des Martyrs, fréquentée par Charles Baudelaire, puis par le "divan Japonais", un café concert en 1873; une seconde salle est aménagé au sous-sol (le Temple de la bonne humeur) ou se produisent Yvette Guilbert et Dranem. En 1894 : Scandale : On y joue Le Coucher de la Mariée, pantomime ou l'on voit pour la première fois en public une femme nue (d'ailleurs elle n'était pas nue,, elle avait un collant un peu transparent). Toulouse-Lautrec, Willette, et  Picasso, font partie  des habitués. En 1901, l'endroit devient le Théâtre de la Comédie mondaine. Dans les années 1930, il devient un cinéma sous le nom de Nouvelle Comédie, et s'orientera dans les années 1970 vers le cinéma X. En 1980, il sera rebaptisé l'Amsterdam-Pigalle et fermera en 1992. En 1994, ce lieu rouvre ses portes sous le nom de Divan du Monde, pour accueillir primitivement des concerts consacrés aux musiques du monde.

Le Mexico, 110, boulevard de Clichy. Paris 18ème, devenu un restaurant

Le Montmartre-Ciné, 114, boulevard Rochechouart. Paris 18ème, passait du X et du ciné d'épouvante, devenue "La Boule Noire". petite salle de concert.

Le Ritz,  6, boulevard de Clichy, Paris XVIII, transformé en superette.

3 - Cinémas pornos en activité à Paris (2012)

Le Beverley, 14, rue de la Ville Neuve 75002. En 1952 existait en ce lieu le Bikini, cinéma spécialisé dans les westerns, il devient en 1970, le Beverley et a vocation de passer des films d'arts et essais. C'est un échec, et en 1972, le cinéma s'oriente vers l'érotisme puis le porno. En 1992 la salle change de propriétaire et est rénovée. Le Beverley se proclame (à tort ?) le dernier cinéma porno de Paris. L'endroit est propre, les films sont plutôt de bonne qualité, Tous les Jeudis et les Samedis à 23h00 sont réservées aux couples, sinon aux autres séances la population est sauf rares exceptions exclusivement masculines. Une partie important des spectateurs y vient pour faire des rencontres sexuelles. La direction le sait très bien et annonce la couleur sur son site. Il est malheureusement probable que ce lieu ne survivra pas à la cessation d'activité de Maurice, son valeureux animateur.

Le Ciné Nord,  29, rue de Dunkerque, Paris 10ème (juste devant la Gare du Nord). Ouverte en 1939 cette salle classique de 300 places s'est tournée vers le porno au milieu des années 1970 en divisant sa salle en deux. Par la suite seule la salle la plus basse à été conservé, l'autre étant remplacé par des cabines vidéos. En fait le Ciné-Nord est aujourd'hui une sex-shop avec salle de cinéma incorporée ! L'endroit est propre et pour ce qui est de la fréquentation, ça ressemble pas mal au Beverley.

L'Atlas,  20, boulevard de Clichy, Paris 18ème. Ouvert dans les années 1960, l'Atlas s'oriente rapidement vers l'érotique, puis vers le porno. Le ticket donne droit aux deux salles. Si la façade et le hall ont été rénové en 2006, il n'en est pas de même pour les salles. Les films projetés n'ont pas grand intérêt.  L'endroit est glauque, sordide, limite dangereux. Une pancarte insolite barre la caisse "Il est interdit de se travestir dans la salle". Ah, bon ?

4 - Affiches


Les nuits de Marylin
Michel Barny 1981

La jaquette représente l'ex actrice X, Olinka Hardiman (ou Olinka ou Marylin Olinka ou Olinka Petrowna) Née en 1960, active de 1979 à 1991. faillit gagner un concours de ressemblance avec Marilyn Monroe organisé à la télé par Guy Lux. Mais le Canard enchaîné eut la malencontreuse idée de révéler à la planète entière le métier de cette charmante personne et la finale fut déprogrammée sans explication. Vilain canard !

Petite sélection complètement subjective et personnelle :

L'arrière-train sifflera trois fois, de Jean-Marie Pallardy 1975 avec Avec Alice Arno, Willeke van Amelrooy, Jean-Marie Pallardy, Jean Luisi, Vera Valmont, Patricia Mionnet, Martine Azencot, Gilda Arancio, Joëlle Cœur. (titré aussi "Lucky Lucky et les Daltines")
Il s'agit d'un western érotico comique (il n'y a pas de scènes pornos) : Dans une ville de l'Ouest Lulu, la vedette du bordel local (la magnifique Alice Arno) se coince l'arrière train pendant un trio et se retrouve en arrêt de travail. Le propriétaire des lieux John Keykett (Jean-Marie Pallardy) décide donc pour la remplacer d'aller chercher les 3 Daltines. Maureen O'Lala, présidente d'une ligue de vertu ainsi que l'institutrice du village vont essayer de contrer ce projet...

Libertine.jpg Venus_furs.jpg Zeta_One.jpg

The Immoral Mr Teas
 Russ Meyer 1959

Nude on the Moon
  Doris Wishman
& Raymond Phelan 1961

The libertine
Pasquale Festa-Campanile
 1969

Venus in furs
Jess Franco 1969

Zeta One
Michael Cort 1969
Avec Anna Gael

Tripoteuse.jpg
Isabelle, duchesse du Diable
Sergio Corbucci 1969
avec Brigitte Skay
Les tripoteuses
A.C. Stevens 1972
Deap Throat (Gorge Profonde) Gerard Damiano 1972
avec Linda Lovelace
Behind the green door (Derrière la porte verte)
Artie et Jim Mitchell 1972
avec Marilyn Chambers
The Devil in Miss Jones
Gerard Damiano 1973
avec Georgina Spelvin
Ton diable dans mon enfer
Bitto Albertini 1973
Deadly Weapons
Doris Wishman 1974
I Tyrens tegn (Les leçons de Carolla)
(Spécialités danoises, In sign of Taurus)
Werner Hedmann1974
Fais jaillir ton pétrole
 (retitré Couche-moi dans
 le sable et fais jaillir ton pétrole)
Norbert Terry 1975
avec Evelyn Scott

Le sexe qui parle
Claude Mulot 1975
avec Béatrice Harnois

super_vixens.jpg
Super vixens
Russ Meyer 1975
avec Shari Eubank
I Løvens tegn (Encore plus / In the Sign of the Lion / Les belles dames du temps jadis)
Werner Hedmann 1976
Shocking
Claude Mulot 1976
avec Karine Gambier
Star Babe
Ann Perry 1977
Agent 69 Jensen i Skorpionens tegn (Les filles du Scorpion)
Werner Hedmann 1977
Agent 69 Jensen i Skyttens tegn (Les dames de Copenhague )
Werner Hedmann 1978
La femme objet
Claude Mulot 1980
Avec Marylin Jess
Les nuits chaudes de Cléopâtre
Rino Di Silvestro 1985
Les miches de la boulangère
Michel Ricaud 1993
avec Elodie Chérie
Le parfum de Mathilde
Marc Dorcel 1994
avec Draghixa

5 - Photos


Change pas de main de Paul Vecchiali (1975) sur un scénario de Noël Simsolo.


Michelle Perello dans les demoiselles à péages (les ravageuses du sexe) de Richard Balducci 1975


Notes
(1) Robert-André Vivien député giscardien, ira jusqu'à commettre un lapsus -  oh, combien révélateur - , en déclarant à la tribune du parlement : "Messieurs, il faut durcir votre sexe"